02.08.2026
Média

Effondrement de Malley Phare : comment les responsabilités pénales se construisent après une catastrophe

À l’occasion de cette nouvelle étape de la procédure, Me Loïc Parein, qui représente les proches d’une victime décédée, a été interrogé par 24 heures sur les enjeux de cette évolution de l’enquête.

Deux ans après l’effondrement de l’échafaudage sur le chantier de Malley Phare, qui a coûté la vie à trois ouvriers et blessé onze autres, l’enquête pénale franchit une nouvelle étape. Cinq personnes ont désormais été mises en prévention, principalement pour homicide par négligence et lésions corporelles par négligence.

Cette évolution illustre une réalité souvent méconnue : dans les dossiers de catastrophes collectives, la détermination des responsabilités pénales est un processus long, complexe et progressif.

Une enquête qui dépasse la recherche des causes de l’accident

L’enquête pénale ne vise pas uniquement à comprendre les circonstances techniques de l’effondrement.

Elle doit également déterminer quelles personnes disposaient des compétences, des informations et du pouvoir d’agir pour prévenir le risque.

L’instruction cherche ainsi à établir :

  • quelles décisions ont été prises ;
  • quels contrôles ont été effectués ;
  • quelles informations étaient connues ;
  • quelles obligations incombaient à chacun des intervenants.

Dans les dossiers impliquant plusieurs entreprises et de nombreux intervenants, cette analyse nécessite souvent des expertises techniques, des centaines de pièces et de nombreuses auditions.

La responsabilité pénale ne s’arrête pas au terrain

Les premières mises en prévention concernent des collaborateurs liés à l’entreprise chargée des échafaudages. L’instruction devra toutefois déterminer si d’autres personnes ou d’autres niveaux hiérarchiques ont également pu contribuer aux manquements relevés par les experts.

En matière de sécurité au travail, les responsabilités ne se limitent pas nécessairement aux personnes présentes sur le chantier.

Elles peuvent également concerner :

  • la conception des installations ;
  • l’organisation de l’entreprise ;
  • les procédures de contrôle ;
  • la circulation de l’information ;
  • les décisions prises par les responsables hiérarchiques.

Chaque situation doit naturellement être appréciée au regard des faits établis par l’enquête.

Un enjeu majeur pour les entreprises

Les accidents graves rappellent que la sécurité ne constitue pas uniquement une obligation réglementaire.

Elle relève également de la gouvernance de l’entreprise.

Une organisation insuffisante, des responsabilités mal définies ou des contrôles défaillants peuvent, dans certaines circonstances, engager la responsabilité pénale de plusieurs acteurs.

Pour les entreprises, ces procédures rappellent l’importance :

  • d’une répartition claire des responsabilités ;
  • de procédures de contrôle documentées ;
  • d’une traçabilité des décisions ;
  • d’une véritable culture de la sécurité.

La prévention du risque pénal ne commence pas après un accident.

Elle se construit bien avant la survenance d’une crise.

Cette décision rappelle une idée simple : la conformité ne vise pas uniquement à éviter une condamnation pénale. Elle constitue également un moyen de préserver durablement la valeur créée par l’entreprise.

À propos de l’auteur

Me Loïc Parein

Me Loïc Parein

  • Licencié en droit
  • Docteur en droit
  • Avocat depuis plus de 15 ans
  • Spécialiste FSA droit pénal
  • Chargé de cours (Unil)
  • Ancien chargé de cours (Unige/Unifr)

Actualités

Appréciant prendre du recul et nourrir une réflexion commune, Me Loïc Parein répond si nécessaire aux sollicitations des médias. Il intervient régulièrement dans des formations et est l’auteur de nombreuses publications.

04.09.2026
Média

Soutien politique, avantage indu et corruption : où se situe la limite ?

La question de la frontière entre financement politique et corruption se trouve aujourd’hui au cœur de l’actualité vaudoise. Selon des informations publiées le 3 septembre 2026 par la RTS, près de CHF 20’000 ont été versés sur un compte destiné à soutenir l’activité politique de la conseillère d’État Valérie Dittli par quatre sociétés liées à…
20.08.2026
Média

Personnalités politiques, réseaux sociaux et dénonciation : quand la communication devient un risque pénal

Pour une personnalité politique, les réseaux sociaux sont devenus un outil essentiel de communication. Prendre position, commenter l’actualité, partager une publication ou réagir à celle-ci permet de participer directement au débat public. Cette liberté de communication n’est toutefois pas sans risque. Une publication peut donner lieu à une dénonciation pénale, notamment lorsqu’elle est susceptible de…
20.08.2026
Événement

Le placement des mineurs en droit pénal : entre sanction, protection et accompagnement

Le placement constitue l’une des mesures les plus importantes et les plus sensibles du droit pénal des mineurs. Lorsqu’un mineur est privé de liberté, la mesure peut être perçue comme une sanction. Pourtant, la logique du droit pénal des mineurs ne se confond pas avec celle du droit pénal des adultes : la prise en…